Introduction

Le champ que nous explorerons est particulièrement complexe.

C’est la raison pour laquelle je me permets de vous envoyer cette petite note destinée à proposer des balises, des limites à notre réflexion afin de déterminer ce à quoi nous voulons arriver.

 

Je reprendrai ici la définition de la bioéthique proposée par Anne-Françoise Zattara-Gros dans son ouvrage collectif : Bioéthique et Genre, le temps d’un ouvrage,

« La discipline réfléchissant sur les questions morales et juridiques suscitées par les progrès de la recherche médicale, notamment dans les domaines de la génétique et de la reproduction ».

 

Associer bioéthique et médecine est une évidence, puisque la bioéthique est liée par nature à la médecine, y ajouter « détermination sexuelle » est intéressant dans la mesure où les progrès de la recherche médicale ouvrent des perspectives nouvelles dans le champ de l’identité, la génétique et la reproduction.

 

La question du genre est incontournable dans cette réflexion. A ce sujet, plusieurs approches peuvent être abordées, parfois contradictoires.

La question fondamentale reste de savoir si l’identité de genre est « innée » ou « culturelle ».

Les études de genre mettent en avant les inégalités qui sont les conséquences d’une vision des rôles sociaux et culturels hérités du judéo christianisme ou plus généralement des religions du livre, mais aussi de la culture, de l’histoire …

Le Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies définit l’identité de genre (à différencier du genre) comme suit : « l ‘expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autre) et d’autres expression de genre, y compris l’habillement, le discours ou les manières de se conduire. »

 

La question qui pourrait être centrale est celle du rôle joué par les progrès de la médecine dans ces questions, des possibilités qui s’offrent et de leurs conséquences sur nous en tant que citoyens mais aussi que franc-maçons.

Par exemple :

  • il n’y a pas de bioéthique sans éthique sociale et politique
  • la bioéthique est aussi le lieu d’arbitrage des attributions des techniques biomédicales, qui a le droit de les utiliser et à quel coût ? Comment et qui en décide ?
  • héritage profond du genre chez Aristote et Hypocrate : les filles à gauche, les garçons à droite. Comment depuis le début de son histoire la médecine pose un regard différent sur les hommes et les femmes et quelles conséquences sur la prise en charge. Le cadre médical de Nuremberg, Thomas Percival … Histoire de la gynéco.
  • La question du « care », qui prend soin de qui et jusqu’où ?
  • La question du droit : si cela existe … j’y ai droit ! mais à quel prix et qui décide de la priorité de l’accès par exemple aux organes à implanter.

 

Et aussi :

 

  • la dimension sexuée de l’Homme amélioré

 

Une dernière citation  :

Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit public à Paris Ouest, Nanterre :

 

« Le droit de la bioéthique constitue un point d’observation privilégié de la manière dont le droit gère le genre. En effet, indépendamment des difficultés liées à une définition stable et arrêtée du champ de la bioéthique, on s’accorde généralement à considérer que les questions de reproduction y occupent une place centrale. Or, la reproduction – du moins jusqu’à l’avènement annoncé par certains de l’utérus artificiel – suppose nécessairement la disponibilité et l’intervention de corps féminins, de sorte que toutes les questions liées à la reproduction, qu’elles soient ancestrales (la maîtrise de la fécondité, l’interruption de la grossesse) ou nouvelles (les techniques de reproduction assistée, les diagnostics prénataux) soulèvent par hypothèse des questions de genre : assignation des rôles sociaux (travail reproductif-travail éducatif), affranchissement vis-à-vis de la naturalisation de ces rôles sociaux (homoparentalité), construction du rapport nature-culture (définition des décisions légitimes-légales vis-à-vis de la vie prénatale) etc … »

 

Christiane Vienne

 

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